Nos activités professionnelles ou la pratique sponagertive occasionnent des gestes répétitifs ou asymétriques. Citons par exemple le nageur de crawl dont les muscles qui produisent la rotation interne et l’adduction des bras sont très sollicités au détriment des rotateurs externes et des abducteurs. Un autre exemple : le peintre qui passe sa journée avec les bras au-dessus de la tête utilisent de manière prépondérante les muscles élévateurs de l’épaule.

De tels schémas moteurs vont tôt ou tard entraîner des dysmorphies (défauts de posture) et des dystonies (différence de tonicité dans nos muscles). Celles-ci compromettent le bon fonctionnement de notre système musculo-squelettique, affectent notre performance motrice (habilité à réaliser nos gestes moteurs), augmentent les risques de lésions musculaires et articulaires, et, à un stade plus avancé, provoquent de la douleur.

L’entraînement fonctionnel doit permettre de normaliser la force et la tension des muscles. Cet équilibre musculaire est essentiel pour assurer le bon fonctionnement biomécanique de nos articulations. Avant d’aller plus loin, voyons comment un déséquilibre musculaire peut affecter notre organisme.

  1. Le déséquilibre musculaire

La demande musculaire n’est pas la même pour chacun de nos muscles. Imaginons un sportif ou un travailleur qui effectue les mêmes gestes des heures durant. Les muscles les plus recrutés vont devenir plus forts pour répondre à leur charge de travail (on dit qu’ils sont hypertoniques), au détriment des muscles moins sollicités (on parle alors de muscles hypotoniques). Mais les gestes répétitifs ou asymétriques ne sont pas les seuls en cause. Les déséquilibres musculaires peuvent également survenir à la suite d’un traumatisme. Par exemple, en cas de blessure au genou, le patron moteur de la marche se trouve affecté en raison de l’incapacité à porter le poids du corps sur la jambe blessée. Typiquement, on va boiter et supporter plus de poids sur l’autre jambe. Étant moins sollicités, les muscles antigravitaires de la jambe blessée (notamment les quadriceps) vont s’atrophier. Toute personne qui doit porter une attelle immobilisant son genou ou qui doit faire l’usage d’une béquille pendant quelques semaines en aura fait l’expérience : les quadriceps sont des muscles qui fondent comme neige au soleil. Le problème est que la conséquence n’est pas seulement visuelle. Si les muscles perdent de la masse, ils peuvent aussi se trouver neurologiquement inhibés. Pour simplifier, on dira que le système nerveux oublie qu’ils existent, pas complètement bien sûr, mais le recrutement des motoneurones est moins efficace : nous observons d’une part un délai dans l’influx nerveux qui commande au muscle de se contracter, et d’autre part, une contraction moins ‘nette’ (souvent associé à des spasmes).

Tout ce passe comme si le corps apprenait à fonctionner différemment, en réinventant des schémas moteurs qui lui permettent d’opérer. Or ces nouveaux patrons moteurs sont parfois si bien intégrés par notre système nerveux que le corps a tendance à les conserver au-delà de la période de convalescence. Si nous ne rééduquons pas notre système nerveux, cette inhibition neurologique risque de perdurer ainsi que le déséquilibre musculaire qu’elle engendre. Rentrons un peu plus dans le vif su sujet, pour comprendre les mécanismes responsables de l’inhibition musculaire.

 

  1. L’inhibition musculaire

Il existe dans le muscle des senseurs appelés fuseaux neuromusculaires capables de détecter la tension qui s’exerce dans le muscle et qui permettent de protéger le muscle contre un étirement excessif. Lorsqu’un muscle est mis sous tension, les fuseaux neuromusculaires envoient un signal au système nerveux central qui à son tour, envoie une commande au muscle pour qu’il se contracte.

muscle schema

Lorsqu’un muscle a subi stress, un traumatisme ou une sur-utilisation, les fuseaux neuromusculaires peuvent se mettre ‘en veille’. Ils perdent alors leur capacité à détecter la tension intra-musculaire, ce qui affecte la qualité de la contraction musculaire (caractérisée par la rapidité avec laquelle le muscle se contracte et sa capacité à maintenir la contraction).

Un muscle inhibé ne se contractera pas optimalement et ne pourra pas soutenir la charge de travail qui lui est imposée. Lorsqu’on essaie de le faire travailler, le corps va compenser cette faiblesse relative en sollicitant d’autres groupes musculaires. Cette stratégie compensatoire nous permet d’effectuer le mouvement que l’on souhaitait réaliser mais elle est nuit au bon fonctionnement de notre système musculo-squelettique. Pourquoi? Parce que ce mécanisme entretient les déséquilibres musculaires en sollicitant les groupes musculaires qui sont plus forts et qui se contractent plus efficacement. Notre performance motrice s’en trouve alors affecter. À long terme, la santé de nos articulations est compromise, puisqu’une mauvaise biomécanique articulaire peut entraîner une usure prématurée des tissus mous comme les cartilages et augmenter les risques de lésions.

3.      Tonicité musculaire vs. faiblesse musculaire

L’amplitude de mouvement aux articulations est déterminée par la tension qui s’exerce dans nos muscles, nos tendons et ligaments. Lorsqu’un muscle est hypertonique (c’est-à-dire trop tendu), cela va limiter notre amplitude de mouvement. Pour comprendre la cause de cette raideur musculaire, il faut expliquer comment le mouvement à une articulation est possible sur le plan neurologique. Revenons au cas de la blessure au genou. Les quadriceps ont pour fonction de produire l’extension au genou. Ils doivent rester stimulés pour permettre une station debout prolongée. Si les quadriceps ne jouent pas leur rôle, le genou peut se dérober sous notre poids, et nous allons tomber! Comme tout muscle anti-gravitaire, une période d’immobilisation prolongée provoquent une atrophie de ces muscles (perte de masse musculaire entraînant une perte de force) à laquelle s’ajoute l’inhibition neurologique décrite précédemment.muscle schema 2

Les muscles antagonistes (qui produisent une action opposée) aux quadriceps sont les ischio-jambiers (muscles postérieurs de la cuisse). Ils sont responsables de la flexion au genou. Pour permettre aux quadriceps de mettre le genou en extension, il faut que les ischio-jambiers se relâchent. Cela est possible grâce à un phénomène neurologique appelé inhibition réciproque, laquelle permet, lorsqu’un muscle se contracte, d’envoyer une réponse inhibitrice au muscle antagoniste pour qu’il se relâche.

Supposons maintenant que le muscle agoniste (dans notre cas les quadriceps) soit inhibé à la suite d’une blessure, la qualité des contractions musculaires est alors affectée (le muscle se contracte moins fort et moins longtemps), et le signal inhibiteur qui est normalement envoyé au muscle antagoniste sera lui aussi perturbé. L’activité de ce dernier va s’en trouver inutilement augmentée. L’hypertonicité qui en résulte est responsable de la raideur musculaire observée. Si nous poussons notre réflexion plus loin, nous voyons également les conséquences sur notre posture : les ischio-jambiers sont également des extenseurs de la hanche, leur raideur excessive aura un impact sur la position du bassin et sur les tensions s’exerçant dans la région lombaire de notre dos.

Nous comprenons ici l’importance de restaurer un bon équilibre musculaire. Voyons à présent la meilleure stratégie à adopter pour obtenir des résultats efficaces et durables.

  1. Activer un muscle avant de le renforcer

Poursuivons sur l’exemple précédent. Quelle stratégie va-t-on adopter pour renforcer des quadriceps trop faibles et des ischio-jambiers trop tendus? Logiquement, nous devrions renforcer les uns, et étirer les autres. Le problème, c’est que nous oublions que les quadriceps sont devenus amnésiques, ils sont inhibés et n’ont pas trop envie de travailler. Si nous tentons de les renforcer, nous n’aurons pas les résultats escomptés. Les ischio-jambiers vont, de leur côté, rester aussi tendus, même si nous les étirons sans relâche. Il convient donc de commencer massagepar le début : réactiver les quadriceps avant de les soumettre à un programme de renforcement. Une évaluation rigoureuse et approfondie permettra de cartographier les muscles hypotoniques, donc faibles (parce qu’inhibés) et les muscles hypertoniques (causant une diminution de l’amplitude articulaire). Nous avons cité les quadriceps, mais il faut évidemment tester l’ensemble des groupes musculaires impliqués (fessiers, les mollets…). Une fois identifiés les muscles hypotoniques, un programme d’activation musculaire peut alors être établi par le praticien. Ce sont des exercices doux, impliquant le plus souvent des contractions isométriques (c’est-à-dire statiques) avec une faible résistance, et un temps de repos permettant au système neurologique de ‘digérer’ l’information. Le smassage 2uccès d’une telle approche repose sur la pratique quotidienne des exercices. Une fois qu’une bonne qualité de contraction musculaire a été retrouvée, des exercices de renforcement traditionnels peuvent être graduellement introduits. Les étirements des muscles hypertoniques ne sont pas écartés du processus, simplement nous miserons sur des étirements de chaînes musculaires plutôt que sur des étirements analytiques (un groupe de muscle à la fois). Ces étirements seront d’autant plus efficaces qu’ils seront effectués à la suite des exercices d’activation musculaire des muscles opposés.

L’activation musculaire est un gage de succès dans un programme de réadaptation post-traumatisme ou de préparation physique chez le sportif, pour déjouer les phénomènes compensatoires et retrouver des capacités fonctionnelles optimales.

Eric Laily, BSc Kinésiologue accrédité

Préparateur physique & physiologiste de l’exercice

Entraîneur du club Dynamos Triathlon

MyoActif  Santé & Performance

514-561-4888 – myoactif.com

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